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Comme un pendule, où le battement bascule

Une histoire courte inspirée d'un tableau

Géraldine, artiste peintre, vous présente une histoire courte s'inspirant d'un tableau, qu'elle a peint. Cette peinture à l'huile sur toile se nomme "Se balancer avec les hirondelles"

(50x60 cm, 2020)





Laisser exprimer sa voix intérieure, sa propre musique, sa respiration, son mouvement. Le coucher sur le papier. L'exercice est ici de partir de moi, substrat brut aux mots en passant par l'image peinte. Je suis toujours curieuse d'entendre ce que mes images me chuchotent. Voir où les mots me mènent.

La femme qui chuchote à l'oreille des tableaux.


Géraldine de l'image écrite


 

Centre-ville 11h du matin, en trotinette


J’entends le bruit de ma trottinette sur le pavé. Tatam, Tatam, Tatam. Je sens la vibration dans mes mains. Je suis habillée chaudement. On est un beau jour de février à Bordeaux. Je vais au parc. Nous habitons sur un bateau accosté depuis quelques semaines à côté d’un pont de pierre dans le centre-ville. Je suis avec maman et mon frère, il est 11 heures du matin. Les rues sont désertes. La lumière est blanche. Les autres enfants sont à l’école, moi je fais l’école de la vie, comme dit maman, sur le bateau.


Moi, je me balance


J’ai appris, il n'y a pas longtemps, à faire de la balançoire toute seule.


Même quand maman n’a plus envie de me pousser. Elle est aussi contente, comme ça, elle peut dessiner et lire au parc. A l’époque, elle se mettait devant moi et elle tirait mes jambes vers le haut, au lieu de me pousser dans le dos. Elle préférait se mettre devant comme ça, elle pouvait voir mon sourire et mon étonnement quand elle me tirait fort vers le ciel. On pouvait se parler, se voir face à face et partager ses moments magiques.



Enfin , le parc


Je roule, l’air frais pique mes joues. Je suis impatiente. Et soudain surgit un tout petit parc coincé entre les immeubles du centre ville. Une vitrine de restaurant donne sur la petite place, deux balançoires, un tourniquet et une toile d’araignée. Je m’enfile à travers le portail et je cours à la balançoire. Je m’assois. Un pas en arrière et je me lance. Mes cheveux me fouettent le visage.


Le gris en couleurs


La grisaille du parc, les arbres dénudés se transforment en un décor coloré. J’imagine que des ailes m’ont poussé dans le dos. Je me transforme en oiseau. Mes jambes tendent vers le ciel. Je chevauche l’air, je transcende le vent. Je sens des guilis dans ma gorge, dans ma poitrine. Je suis excitation et plaisir. Je tends mes jambes toujours plus haut et loin.


Maman, tout en bas, sourit et me regarde. Elle s’allonge sur le banc et ferme les yeux en savourant les rayons du soleil blanchâtre de l’hiver sur sa peau.


Oiseau-Baobab


J’imagine des oiseaux tourner autour de moi. Ma balançoire est accrochée à une grosse branche. Je suis tout en haut d’un arbre géant, un baobab. Je suis un petit point à ses côtés, très très loin du sol. Le baobab est gigantesque avec un très gros tronc. Comme c’est la saison sèche, aucune feuille à ses branches n'est visible. Il porte à l’intérieur, des oiseaux, comme des hirondelles encerclées d’une bulle. De loin, cela donne l’impression d’un volcan qui ébullitionne des oiseaux. Les bulles sont relâchées vers le haut, dans le ciel. Ces hirondelles s’échappent au loin. Tout n’est que mouvement tel des bulles de limonades remontent à la surface. Moi, qui me balance et tout le paysage défile à une vitesse vertigineuse.


Ma mère s’assoupit. Le mouvement vertical des bulles hirondelles est suspendu. Le baobab se fige et attend avec espérance, avec curiosité.


Je joue


Dans ce silence assourdissant, je bascule et je joue avec mon ombre violette qui se projette sur le tronc. Elle est comme décalée par rapport à moi. Je recule sur ma balançoire et mon ombre avance, comme un battement en deux temps. Comme un pendule, où le battement bascule. Une sorte de jeu entre elle et moi, infini. Qui attrapera en premier l’autre? Je ne sais pas. En attendant, je joue avec elle.


N'ai-je pas déjà entendu dire ma mère que chaque tableau promène sa musique propre? Ici, c’est un mouvement en bascule en Tic Tac. Un rythme à deux temps, un par battement de balançoire. Je pourrais penser au temps qui passe, à ma jeunesse qui file, à ma joie de petite fille quand je joue avec mon ombre.


Une jeunesse qui bascule dans le rire et la naïveté.



Auprès de mon arbre, j’ai l’impression que rien ne peut m’arriver, je suis protégée. Il a ce petit quelque chose d'infiniment géant et solidement ancré au sol. Ce qui me permet librement de batifoler dans les airs et de faire


comme si.




Qui est Géraldine?


Géraldine a créé l'image écrite, un lieu où elle peut partager ses peintures et ses textes. Sa proffession de base est médecin. Elle pratique actuellement la télémédecine. Autodidacte en peinture à l'huile, elle crée des tableaux sur toile ou papier et écrit des textes inspirés de ses images depuis 2019. Afin de complèter sa formation, elle a étudié également l'art-thérapie et du coaching pour les haut-potentiels.



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